:: hope ::

Notre époque connaît une extraordinaire débâcle relationnelle. L'homme postmoderne vit centré sur lui-même, il profite de bien des avantages que la société lui offre, mais il communique peu ou mal. Il vit dans l'isolement, car ce sont les processus égocentriques qui font naître son isolement. Il vit aussi dans un déchirement relationnel constant, en reportant indéfiniment ses attentes sur l'autre, en espérant que le prochain amour comblera ce que le précédent a déçu. Ce qui semble invariablement mener d'illusion en illusion, ou bien conduire à cette situation de désespoir tranquille qui résume le plus souvent la vie de couple aujourd'hui.
Nous pourrions examiner ce qu'il en est de la relation entre les peuples et les cultures et le constat serait le même. La relation constitue dans notre société un problème majeur. Même si nous avions réussi à résoudre tous les autres, il resterait celui-là. Et on peut oser retourner la formule : peut être est-ce parce que nous n'avons pas réussi à résoudre celui-là que nous avons aussi tous les autres ! Qu'est-ce qui ne va pas dans notre sens de la relation ? Qu'est-ce qu'une relation humaine accomplie ? Le dysfonctionnement relationnel est-il seulement lié au contexte de nos mentalités ? Il est vrai que l'hyper individualisme de notre temps est peu propice à l'accomplissement de la relation. Nos échecs sont-ils une conséquence, le dernier effondrement de notre égocentrisme viscéral ? Ou bien sommes-nous victimes de toute une série d'illusions qui font échouer nos relations ?
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# Posté le jeudi 15 janvier 2009 05:47

Modifié le mardi 27 janvier 2009 12:48

L'amour?!

La relation privilégiée, c'est ce que tout le monde appelle l'amour. L'amour tient à la solidité de l'attachement que l'on a pour un autre. A l'attachement à un partenaire, à une famille. L'amour tire sa valeur du plaisir que l'on en retire, mais il est d'abord établi sur la base d'un échange, où chacun doit apporter ce dont l'autre a besoin. Si chacun y met du sien, la condition est remplie, la relation est durable, parce qu'elle est fondée sur les besoins mutuels et leur satisfaction. La société a légalisé cet échange sous la forme de contrats et c'est le sens du contrat de mariage qui permet d'assurer à chacun la sécurité de la satisfaction de ses besoins, dans un cadre légalement reconnu. Personne ne peut se suffire à lui-même. Le mariage est un engagement pris devant Dieu et devant la Société par lequel chacun des partenaires accepte de se mettre au service de l'autre pour répondre à ses besoins. Une relation est fondée sur une demande et l'engagement permet de fixer les obligations de chacun. S'engager, c'est accepter un sacrifice relatif, mais gagner en retour la sécurité que donne la relation. Si on s'y engage, c'est pour trouver une sécurité. Dans la sécurité crée par un attachement déclaré, on peut être certain que l'amour sera exclusif. C'est seulement sous cette condition que l'on peut être heureux, parce que l'on est rassuré. Une relation solide ne peut pas être Volage, car être volage c'est ne pas accorder une attention complète à l'autre ; et si on veut que chacun reçoive l'attention qu'il est en droit de d'exiger de l'autre, il faut par avance renoncer à la liberté. C'est le prix
Nous comprenons mieux l'insistance de la religion sur la fidélité et en général l'interprétation moralisante de la religion. La religion apporte le poids de son autorité et se porte garant de la fidélité de la relation devant Dieu. Elle fait de la satisfaction des besoins une relation sacrée. La faute par excellence est toujours une faute dans la relation, la faute c'est l'infidélité. L'infidélité à la promesse dans la relation. Dans l'Islam le pêcheur, le fautif, le traître, c'est l'infidèle. Il est dit que Dieu lui-même a des besoins que l'homme doit satisfaire et que s'il ne les satisfait pas, la malédiction va s'abattre sur lui. Si l'homme est maudi, c'est d'avoir renié son engagement envers Dieu. S'il est sauvé, c'est de renouveler l'engagement de sa relation à Dieu. Or cet engagement se traduit par le fait même de devoir se consacrer à la sécurité de l'autre en s'engageant dans une relation éthique et pas seulement passionnelle. Ce qui est une relation dite "sérieuse".

# Posté le jeudi 15 janvier 2009 07:20

Modifié le jeudi 15 janvier 2009 09:57

crise des relations

Faut-il inscrire la crise des relations dans un contexte plus large, celui des mentalités de notre époque ? Est-ce une question « sociologique » ? Ce serait une tentative adroite de relativiser le problème des relations vers le « social » en général. Les analystes les plus lucides de notre temps s'accordent à reconnaître que la postmodernité est en proie à une situation de crise relationnelle inédite. Notre époque confond tous les repères, brouille toutes les relations et retourne allègrement toutes les valeurs. Alors, au milieu des familles recomposées, des divorces à répétition, des familles monoparentales, des couples à la dérive, on se cramponne comme on peut et on se débat pour trouver des assurances où on croit pouvoir en trouver. L'hyper individualisme postmoderne a mis l'ego sur un piédestal. Mooa se montre, mooa s'exhibe, se met en valeur, moi se démonte, se démystifie, se dénigre, mais moi est toujours là, y compris quand il fait une véritable fixation sur l'autre. A partir du moment où le culte des apparences est une préoccupation furieuse et où l'ego a une place aussi importante, il y a bien peu de chance que les relations se portent bien. Gilles Lipovesky dans L'Ere du Vide note que le sujet-consommateur finit par tout mettre sur le même plan. Consommer-jeter. Une relation amoureuse, cela se consomme et cela se jette, comme une barquette de frittes et une canette de soda. Le sexe, c'est de la consommation rapide, comme la cigarette. A partir du moment où le culte du plaisir est devenu la seule valeur prédominante, le sens d'une relation morale est délétère. Nous sommes, selon un autre tire de Lipovesky à l'ère du Crépuscule du devoir. Seulement, la boulimie consommative renforce la frustration, elle fragilise les plus faibles, elle exaspère les tensions sociales. Elle suscite la colère à l'égard de ceux qui ont le privilège de pouvoir vivre des fantasmes que le commun des mortels doit se contenter de regarder à la télé.
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# Posté le jeudi 15 janvier 2009 10:01

somnambulisme relationnel

Le terrain sur lequel la relation humaine s'établit, c'est celui de la commune présence au niveau du sentiment. Etre relié veut dire être affectivement présent dans la relation. Ce qui veut dire aussi habiter la vie, telle qu'elle se donne à chaque instant. Empruntons quelques formulations à Krishnamurti dans La Relation de l'Homme au Monde : « Notre vie telle qu'elle est, notre vie de tous les jours, est faite de relations. La vie est relation. Etre relié suppose un contact, non seulement physique, mais psychologique, affectif, intellectuel. Il ne peut y avoir de relation sans grande affection. Il n'existe aucun lien entre vous et moi si ce qui existe entre nous est purement intellectuel, verbal ; cela, ce n'est pas une relation. Il n'y a relation que s'il y a sens un contact, de la communication, de la communion, ce qui suppose une affection immense » .
La relation intellectuelle est toujours seconde. La première relation est affective. La relation intellectuelle est créée par la pensée, mais ce n'est pas la pensée qui me met en relation. La relation est, avant que la pensée ne l'interprète, elle est parce que la vie est par nature relation. La relation est sensible et être en relation, c'est d'abord être accessible et vulnérable. « Je suis relié à vous, cela veut dire que je peux vous toucher, réellement, physiquement ou mentalement. Nous nous rencontrons, il n'y a pas d'obstacle entre nous. Il y a un contact immédiat, de même que je peux toucher ce micro ». Les enfants sont étonnants. Ils n'érigent pas de séparations. Un enfant vous regarde droit dans les yeux et n'interpose rien dans la relation. L'enfant serait prêt à embrasser tout le monde, là où l'adulte mettra la politesse, les convenances, l'étiquette et le protocole. Bref, l'enfant est naturel et spontané dans la relation, ce que nous ne sommes pas. La plupart d'entre nous oeuvrons en permanence pour établir une enceinte inabordable. C'est un fait que nous ne remarquons pas souvent, mais, à y regarder de près, la plupart des personnes que nous côtoyons autour de nous sont inaccessibles. Dans le texte cité précédemment : « Regardez-vous, non tel que vous devriez être, mais tel que vous êtes. Vous êtes tellement inabordable, chacun à sa façon, car vous avez tant d'obstacles, d'idées, de tempéraments, d'expériences, de malheurs, de soucis, de préoccupations. Votre activité quotidienne vous isole constamment ». La plupart des hommes vivent dans une bulle mentale et ne sortent que rarement de la réclusion dans leurs pensées. Chacun vit dans son monde de pensées. Rarement dans le monde de la vie. Loin, très loin. La personne est là physiquement, mais mentalement, elle est ailleurs et parfois, il semble que nous ne pourrons jamais l'atteindre. Nous vivons dans ce somnambulisme relationnel, parfois jusqu'à l'autisme. En tout cas, la pathologie mentale le montre assez bien, on peut couper les ponts avec le monde jusqu'à ignorer l'existence même des autres.
somnambulisme relationnel
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# Posté le vendredi 16 janvier 2009 12:35

Modifié le vendredi 16 janvier 2009 14:10

zirari document

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# Posté le lundi 18 mai 2009 15:26